







Apprendre en langue des signes
Article publié dans "Ici Ghlin", journal de l'I.P.E.S., juin 2007
En 2003, le Parlement belge reconnaît la langue des signes, à l’unanimité. Mais il arrive encore parfois que l’on conteste l'utilité de cette langue dans l’enseignement. Qu’en pensent les premiers concernés ?
Pour connaître leur avis, nous avons procédé à une enquête auprès des élèves sourds de l’école secondaire de Ghlin. Voici les trois questions écrites posées à une vingtaine d’élèves et les réponses apportées.
1°) Pour comprendre le professeur, j’ai besoin A de lire sur les lèvres, B qu’on écrive, C de la langue de signes.
2°) Pour m’exprimer, A je parle, B j’écris en
français, C je signe en langue des signes.
3°) A l’école, je veux apprendre, A à lire sur les lèvres et à articuler, B à écrire en français, C à signer en
langue des signes.
Interprétation des résultats:
Peu d’informations viennent de la lecture sur les lèvres. Mais les sourds essaient d’articuler pour se faire comprendre des entendants. La version écrite aide à comprendre mais reste difficile pour s’exprimer.
Les attentes des adolescents, vis-à-vis de l’enseignement, sont multiples et montrent une forte motivation à communiquer avec tout le monde, quels que soient les moyens. Mais la langue des signes apparaît comme la langue la plus performante, pour communiquer entre sourds et avec les entendants.
Qu’en pensent les décideurs ?
Dans le décret de 2004, tout imprégné de la reconnaissance de la langue des signes, à l’unanimité par le Parlement, en 2003, il est dit que « Toute école organisant un enseignement
fondamental de type 7 est tenue de mettre en place un projet en langue des signes, inscrit dans le projet d’établissement » Ch.4, Art.26 §4 et Ch. 5, Art.47,
§3.
« Tout élève inscrit dans l’enseignement secondaire de type 7 de forme 3 ou 4 peut bénéficier de 4 périodes hebdomadaires de langue des signes ». Ch .5Art. 47, §3.
Qu’en pensent les enseignants ?
Depuis que les cours de langue des signes existent, de plus en plus d’enseignants s’y inscrivent. Leur unique motivation est de communiquer efficacement avec leurs élèves. En effet, la loi ne
prévoit aucune valorisation barémique, aucune priorité à l’emploi, et la formation en langue des signes, qui est passionnante, est aussi complexe et longue.
Conclusions:
D’autres enquêtes, menées
par les universités, ont montré que depuis l’interdiction de la langue des signes, en 1880, 20% seulement des enfants sourds, instruits par des méthodes oralistes pures, sont parvenus à
maîtriser les mêmes compétences que les autres.
Enseigner conjointement langue des signes et langue française, afin que les sourds soient bilingues, c’est une façon nouvelle, pour l’enseignement spécialisé, de s’adapter aux besoins réels et profonds des jeunes sourds. Les parents, les conseils de participation et les pouvoirs organisateurs ne peuvent l’ignorer. C.R. enseignante