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  L'histoire de la communauté sourde: première partie

 

Pendant l'Antiquité

 

Rejet et abandon du nouveau-né

 

Les parents d'enfants sourds sont non seulement affligés de la naissance

d'un enfant « différent » mais aussi honteux. Ils le cachent aux yeux de tous. 

 

 

Chez les Hébreux, la surdité appelait la compassion et le respect.

 

 

 

En Gaule, les sourds étaient sacrifiés aux dieux ; à Sparte,

précipités du haut des collines;

 

 et à Rome, exposés sur les places publiques ou abandonnés. 

 

Cette attitude de rejet particulier quant au handicap de la personne

qui n'a pas l'usage de la parole s'explique, en partie,

par la conception philosophique que l'époque a  de la parole elle-même.

La tradition philosophique aristotélicienne considère la parole comme essentielle et  créatrice de pensée et de raisonnement.

 

 

 

Aristote, et à sa suite les médecins grecs et romains pensaient que surdité et

mutité étaient les manifestations d'une unique déficience.


 

Selon Aristote, ceux qui n'entendaient pas ne parleraient jamais.

 

"De tous les sens, c'est l'ouïe qui contribue le plus à l'intelligence et à

la connaissance accidentellement,

puisque le son n'est le véhicule de la pensée que par contigence".

 

"Les sourds de naissance sont également tous muets. Ils émettent des sons

mais n'ont pas de langage".

Histoire des animaux, livre IV,ch.9

 
 

 

Il n'existe donc pas de tentative d'instruction des sourds de naissance et la surdité

de naissance est un cas parmi d'autres de débilité.

 

 

 
 

 

 

 

Jésus guérit un sourd

 

Evangile selon Marc

 

 


 

Ensuite, Jésus quitte la région de Tyr. Il passe par Sidon.

Il revient vers le lac de Galilée en traversant la région des Dix Villes.

 

Des gens lui amènent un homme qui est sourd et qui parle difficilement.

Ils supplient Jésus: «Pose la main sur sa tête!»

 

Alors Jésus emmène l'homme avec lui, loin de la foule.

  Il met les doigts dans ses oreilles, puis il lui touche la langue

avec sa main mouillée de salive.

 

Ensuite, Jésus lève les yeux vers le ciel, il pousse un soupir et dit:

«Effata!» Cela veut dire: «Ouvre-toi!»  

 

Aussitôt, les oreilles de l'homme s'ouvrent,

sa langue est guérie et il peut parler normalement.

 

Jésus donne cet ordre aux gens: «Ne dites rien à personne!»

Mais chaque fois qu'il leur commande cela, les gens racontent

encore plus ce que Jésus a fait.

 

 

Le Talmud (II siècle)

 


 

 Dans le Talmud, il est écrit qu'il ne faut pas placer les sourds et les muets

dans la catégorie  des idiots et des irresponsables car ils peuvent être instruits.

       
 

 Pour la première fois, il est question de la possibilité pour les sourds d'être instruits.

 

 

 

 

Au IV siècle St Jérôme  disait pouvoir enseigner les Evangiles aux sourds par le biais des signes gestuels.

 

 

St Augustin, à la fin du IV siècle

 

 

«N'avez-vous pas vu comment les gens entretiennent une sorte

de conversation par gestes avec les sourds, de la même façon

comment les sourds-muets posent des questions et répondent,

enseignent et indiquent tous leurs désirs, ou tout au moins

la majeure partie. De la sorte, non seulement sont décrites

les choses visibles, mais aussi des sons et des choses du goût... » .

De Magistro, ch.3

 

L'Eglise se fait protectrice des plus démunis. 

Conciles de Vaison (442) et d'Arles (452)

 


 

La Renaissance

Des communautés religieuses accueillent des enfants sourds.

Le contexte culturel était favorable à l'expression gestuelle.

Les moines, astreints à la règle de St Benoît, communiquaient entre eux par gestes.

Les sourds sont autorisés à utiliser leurs signes pour le baptême,

pour se marier et pour prononcer les voeux monastiques.   

 

Au XIII siècle, Thomas d'Aquin dans la Somme théologique,

les invite à se confesser par signes.  

Moyen Age

 



 


 


 

Quant à  l'autorité laïque, elle écarte les sourds du droit d'hériter, de tester,

de juger, ou d'être indemnisés en tant que parents d'une victime.

 

Ainsi que la suite de l'Histoire le confirmera encore pendant quelques siècles,

les religieux semblent avoir été plus ouverts aux sourds-muets

que la société laïque, et c'est par eux que les signes

ont acquis un premier statut de validité.

 


 

 

Une nouvelle philosophie du langage

 

Au XVI siècle, on trouve, à  nouveau,  trace de discussions philosophiques autour de la surdité.

Certains humanistes s'accordaient pour noter que ceux qui n'entendaient pas,
pouvaient communiquer
leurs idées par gestes et aussi par l'écriture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La naissance d'une nouvelle pédagogie :

le préceptorat spécialisé.

 

A la même époque,  l'éducation des sourds bénéficie de circonstances favorables ;

la cour d'Espagne, qui compte beaucoup de sourds,

fait appel à des précepteurs, rééducateurs.

 

Toute l'Europe va peu à peu s'intéresser à l'éducation des sourds

et quoique chaque rééducateur ait eu sa propre méthode,

on peut malgré tout faire ressentir deux tendances :

 

l'une qui s'intéresse à l'éveil de la personnalité  de l'enfant

et qui va utiliser tout les moyens pour ce faire, estampes, gestes,  pantomime,

apprentissage de la langue écrite, rééducation de la parole et l'autre qui s'intéresse

à ce dernier aspect du problème : faire  parler coûte que coûte les sourds

- tendance représentée plus particulièrement par Heinicke en Allemagne.

 

 
 

En 1755, celui-ci fonde de la première école oraliste pour sourds.

 

 


 

 

 

 

 

 

C'est au milieu du XVIII siècle que le célèbre Abbé de l'Epée

fit prendre à l'éducation des sourds un tournant important.  Pour son enseignement,

il privilégie la connaissance du français écrit par rapport

à l'articulation en recourant pour ce faire au langage gestuel.

Sa démarche montre qu'il admet que le  langage intérieur

existe indépendamment de l'expression orale.

Plus tard il écrira que c'est à partir des textes des pères fondateurs de l'église

et notamment de ceux de St Augustin, qu'il s'interrogera sur

la nature du langage.

 

Il fonde à Paris, en 1860,  la première véritable école publique pour sourds. 

 

La méthode de l'Abbé de l'Epée est suivie dans toute la France,

bientôt dans toute l'Europe.

L'Institution de Paris devient le centre du monde

pour ce qui est de l'éducation des sourds.

 

 

 

 

 

 

Les démonstrations publiques

 

 

 

 

Pour son enseignement, il recourt aux gestes naturels des sourds.

 

 

La méthode de l'Abbé de l'Epée connut une grande notoriété :

 des instituts pour sourds-muets conçus sur le modèle de Paris,

sont fondés de Copenhague à  Rome et d'Amsterdam à Munich.

 


  Laurent Clerc

  La méthode  franchit même l'Atlantique en 1816,

exportée aux Etats-Unis par un jeune professeur sourd, Laurent Clerc,

amené par le pasteur Thomas Gallaudet, venu en France se familiariser

avec la méthode gestuelle.


 

 

 

 
 

Ils fondent le Gallaudet College ,

la première école pour sourds d'Amérique (1817).

 

Cette accession de la langue des signes en tant que langue d'enseignement

a permis de légitimer le rôle des professeurs sourds.

Ils enseignent dans de nombreuses institutions, en dirigent plusieurs,

interviennent dans la grande presse, publient des livres ;

une élite sourde se construit sous l'impulsionde Ferdinand Berthier. 

Le monde entendant les reconnaît comme catégorie anthropologique.

 

 


 

 

 Ferdinand Berthier

 

 

 

  Voir la deuxième partie

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publié dans : Surdité
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